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“Que le père soit !” : Un nouveau long métrage de Clarence Delgado, 29 ans après son dernier film

Le cinéaste sénégalais Clarence Thomas Delgado consacre son retour en force, par un nouveau long métrage intitulé “Que le père soit !”, vingt-neuf ans après la sortie de son dernier film “Niiwam”, adapté d’un roman de Sembène Ousmane. Ce long métrage sera diffusé mercredi par la chaine cryptée française Canal+, ce qui va consacrer sa sortie officielle.

La nouvelle production de Clarence Thomas Delgado se veut une ode à la famille et à l’amour, sous la forme d’un hymne à la femme et à l’enfant. Tout dans ce film tourne autour du couple Carvalho, avec le mari Fernand, élégant et comblé, la quarantaine. Il est propriétaire d’une boutique d’articles pour nouveau-nés et enfants du premier âge.
Son épouse, Christine – interprété par Fatou Jupiter Touré, actrice principale de la série télévisée “C’est la vie” -, est une femme d’affaires épanouie et dont la réussite sociale est admirée. 
Ils ont une petite fille de sept ans, dénommée Tania, une enfant intelligente et très attachée à ses parents mais aussi à sa grand-mère qui n’apprécie guère le couple formé par son fils.

Une belle harmonie familiale, rêve de tous, sera une première fois malmenée par l’arrivée d’un bébé abandonné dans la boutique de Fernand, un équilibre familial qui sera davantage bouleversé par la suite quand ce dernier apprendra qu’il n’est pas en réalité le père de sa Tania.
Pour déterminer la paternité de cet enfant abandonné et calmer les soupçons du policier enquêteur qui pensait qu’il en était le père, Fernand a dû se résoudre à effectuer un test ADN dont les résultats vont révéler une vérité dramatique : il n’est pas le père de celle qu’il considérait jusque-là comme sa fille adorée.

 ’’le droit de faire un enfant à son mari’’

Dans “Que le père soit !”, un long métrage de 110 minutes, l’amour fait avec le mensonge, l’orgueil, la trahison et la foi, car Christine, pour donner la joie d’être père à Fernand déclaré “stérile”, fait un enfant avec un “parfait inconnu” rencontré lors de ses voyages professionnels. 
“Pourquoi une femme n’aurait-elle pas le droit de faire un enfant à son mari ?”, dit-elle pour justifier son acte.

La problématique de la paternité et de la maternité, très ancrée dans la société sénégalaise voire africaine, s’incruste de cette manière inéluctablement dans la trame pour donner à ce film toute sa pertinence.
Pour Fernand, bon chrétien et cultivé, qui s’active dans l’animation de sa paroisse depuis 17 ans, “comment imaginer un mariage qui a pour fondement le mensonge ?”. “La vie m’a trahi et Dieu m’a abandonné”, dit-il. 
Ce qui ne l’empêche pas de toujours compter sur la foi pour trouver la lumière et le bout du tunnel. Il s’en remet aux conseils de l’abbé Faye dont le personnage est incarné avec brio par le Burkinabé Gustave Sorgho, grand complice de feu Ousmane Sembène, le maître de l’auteur.


Le religieux invite Fernand “à l’endurance, à la tolérance et au pardon”, remèdes de Dieu aux hommes, “pour que rien ne nous soit insupportable”.
Le sentiment d’un abandon complet à la volonté de Dieu est symbolisé par certaines scènes du film renvoyant à des images de la cathédrale de Dakar, à la statue de la Vierge Marie ou au Christ.
Le film de Delgado vaut par la qualité de sa photographie, de son cadrage et de son éclairage, autant que par la participation d’acteurs évoluant pour la plupart dans les séries télévisées sénégalaises. 
Il y a ceux très connus de la plupart des téléspectateurs, comme Ibrahima Mbaye du Théâtre national Daniel Sorano, qui a joué dans beaucoup de films africains.
Des revenants sont de même à l’affiche, tels Eloi Coly, le conservateur de la Maison des esclaves de Gorée qui revient au cinéma après des apparitions dans les films de Sembène.


 Conversation sur la paternité

Il y a aussi Ndiaye Ciré Ba, dans le rôle de Lucie-Noura, amie de Christine, plus connue sous le nom de Djalika, une des principales actrices de la série “Maitresse d’un homme marié”.
Les enfants représentés par Tania, parmi lesquels Carla Moreira, dont c’est le premier rôle au cinéma, font tous honneur à leur place dans ce film.
Une scène émouvante plus que tout, témoigne d’une des meilleures réussites du film. Il s’agit de celle représentant Tania et son père, lancés dans un dialogue interminable conversation sur la paternité, sur fond d’une musique mélancolique par moments dont le musicien et chanteur Daniel Gomes de “Oréazul” est l’auteur.

“Que le père soit !” se nourrit par ailleurs de ses nombreuses scènes intérieures pour mieux rendre l’intimité et le caractère restreint du cercle familial. 


Clarence Thomas Delgado, assistant réalisateur de plusieurs films de Sembène Ousmane et d’autres cinéastes comme la réalisatrice Apolline Traoré du Burkina Faso, revient ainsi en force avec un film dédié à sa mère, “cette héroïne au quotidien, cette battante”.
Le nouveau film qu’il sort, 29 ans après son dernier, se veut une ode à toutes les femmes souvent accusées à tort quand l’enfant ne vient pas dans un couple. 
Ce long métrage “est un hymne à l’enfant, à la femme et à l’homme. C’est une métaphore de l’amour d’une fille à ses parents et à sa grand-mère, l’amour de la femme pour son mari et de l’époux pour sa femme”, explique le réalisateur.
Dans le film, l’héroïne “a fait un enfant en guise de cadeau à son mari. Dans notre société, quand il n’y a pas d’enfant, c’est toujours la femme qui est indexée, c’est jamais l’homme. Sachant que son mari ne peut pas procréer, elle est partie par amour faire un enfant à son homme”, ajoute-t-il.
“Que le père soit” a été entièrement réalisé au Sénégal avec une équipe africaine, dont les deux premiers assistants, Soussaba Cissé, fille du célèbre cinéaste malien Souleymane Cissé, et Chimie Flaubert.

Delgado dit avoir mis “beaucoup de temps” à faire ce film d’ores et déjà inscrit pour le prochain Festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou (FESPACO) et qui met en exergue “la fausse fierté de l’homme”. 
“C’est un film qui me ressemble, discret à mon image avec beaucoup de retenue et qui a beaucoup de pudeur. Je n’ai jamais cherché la lumière, la lumière est peut-être venu à moi”, ajoute Delgado.
Il a été produit par “Jascom Production SARL”, une boite dont Joseph Séga Waly Sagna est le directeur.  Le film a en outre bénéficié du soutien du Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuel (FOPICA) à hauteur de 55 millions de francs CFA. 

Source : Aps

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