Touba (Reportage) : Serigne Moustapha Gaye : « L’esprit Baye Fall, une philosophie et non un accoutrement sans principe »

Cheikh Tidiane Sy Ndiaye et Vieux Ndiaye (Envoyés spéciaux)

L’affluence est forte à la grande Mosquée de Touba. Les fidèles viennent de tous les horizons. Le style d’habillement se différencie selon l’appartenance à un groupe ou une organisation au sein du mouridisme. Sur l’allée qui mène vers ce haut lieu de culte, un jeune homme, la trentaine porte une bassine de glace sur tête. Tout en sueur, le « Baye Fall », ne sent pas la forte chaleur qui tape sur ses « dreads ». La glace qu’il transporte va permettre à ses condisciples de bien faire face à la canicule.

A l’intérieur, ce sont des groupes d’individus qui sont formés sous une tente fait à base de sacs de riz. Le regroupement se fait selon le sexe et l’âge. Ils sont tous assis à même le sol. En face d’eux, leur guide Serigne Moustapha Gaye, cheveux gris, observe tranquillement  entrées et sorties, faits et gestes depuis sa chaise pliante. Le marabout nous rappeler le véritable esprit du « Baye Fall » en deux mots.

« Il s’agit de croyance et d’action », en rapport avec la mission du fondateur de la confrérie Mouride, Cheikh Ahmadou Bamba. Si ce dernier s’est déclaré Serviteur du Prophète de l’Islam (Psl), il a eu en première ligne, celui qui a incarné en premier cette philosophie mouride. Il s’agit de Mame Cheikh Ibrahima Fall, compagnon du Cheikh de leur vivant. Selon Serigne Moustapha Gaye, ce dernier travaillait sans réserve pour la réussite de la mission de son Guide. Aujourd’hui « l’esprit Baye reste très galvaudé », dans plusieurs localités. « C’est une philosophie et non un accoutrement sans principe », martèle-t-il. Assis autour de ses talibés, le sieur Gaye rappelle que beaucoup le font par ignorance. Pour lui, être un Baye Fall n’est lié en rien à l’accoutrement dont on les reconnaît. Mais par la volonté de bien faire afin que la mission du Cheikh puisse connaître une véritable réussite.

« Les vrais Baye Fall sont dans les champs….. »

Il cite en ex exemple Dakar comme lieu où on n’arrive pas à faire la nuance entre un Baye Fall et quelqu’un qui n’a que ses « rastas » et le supposé accoutrement. « Beaucoup de jeunes aiment Mame Cheikh, mais ils ne le connaissent pas véritablement. Ceux qui doivent les orienter sont motivés par la richesse qu’ils peuvent soutirer à ses innocents qui vivent surtout à Dakar. Les vrais Baye Fall sont dans les champs et les récoltes seront redistribuées à la famille de Serigne Touba », dit-il.

Sur ce même registre, Serigne Moustapha raconte que Mame Cheikh Ibrahim Fall s’habillait de la sorte « parce qu’il était tout le temps au service du Cheikh. » Ce qui n’était pas facile pour lui de changer tout le temps ses habits. «  On mélange tout dans ce pays. Pour porter du « ndiaxass », il faut juste voir un tailleur qui te le fait facilement et avec un prix bas. Alors, où est l’action qui t’a mené à ça », déclare le responsable.

« Yaye Fall, une invention nouvelle »

Serigne Moustapha Gaye a par ailleurs donné une orientation sur le comportement d’un disciple de Mame Cheikh. Insistant sur ce qui se fait ailleurs au nom de la philosophie Baye Fall, le marabout révèle que Cheikh Ibra n’a jamais battu un tam-tam de sa vie. « Ce qui nous voyons à Dakar et ailleurs n’est que le contraire des indications. C’est Cheikh Moustapha Fall qui a initié les tambours dans nos programmes. Le motif, à l’époque, c’était d’encourager les filles et les enfants à participer aux travaux pour la construction de la Mosquée », raconte-t-il. Parlant des dames, le marabout d’un air de conviction, révèle que « Yaye Fall » est une invention nouvelle. « Ce n’est pas l’esprit. La place de la femme, c’est d’être auprès de son époux et non entre des hommes au nom de Cheikh Ibra », précise-t-il.

Au sortir de cet entretien, il faut noter qu’il y a une forte chaleur, mais qui n’empêche en rien l’affluence des talibés vers la Mosquée.  A quelques pas de là, Fatou Faye, Fatim et Amina, toutes résidentes de Touba, marchent côte à côte pour rejoindre leur maison, après un tour au lieu de culte. Toutes disent avec conviction d’être des «  Yayes Fall ». Habillée toute en blanc, foulard à la tête  Fatou Faye, teint noir, la vingtaine, avance qu’elles ont investi le terrain depuis le premier du mois de Safar. Pour rappel, le Magal est célébré le 18 de ce mois de l’Islam. Pour cette jeune fille, elles sont motivées par l’amour qu’elles ont pour Mame Cheikh Ibrahima Fall et Serigne Touba. Pour Fatim, il n’y a une grande différence entre les « Yayes Fall » de d’ailleurs et de Touba. Elle indique que c’est un esprit et elles le vivent, quel que soit le lieu.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *