Recours à la contraception à l’heure de la Covid-19: Recul à Dakar, Diourbel et Thiès !

Par Seydina Bilal DIALLO

La pandémie Covid-19 a bouleversé les objectifs fixés par les Etats dans l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD) parmi lesquels l’accès à la contraception. Et dans le rapport Goalkeepers 2020 publié le 15 septembre dernier, il a été révélé que de nombreux systèmes de santé ont du mal à fournir des services de planification familial dans ce contexte de crise sanitaire mondiale. Qu’en est-il du Sénégal ? Les tendances globales disponibles à l’heure actuelle montrent que l’épidémie n’a pas trop affecté le programme de planification familiale. Cependant, une analyse détaillée révèle un recul du recours à la contraception dans les régions les plus infectées par la crise en l’occurrence Dakar, Thiès et Diourbel.

Les démons ont été exorcisés. Plus personne n’a plus peur de fréquenter l’hôpital roi Baudoin, la structure ayant été la deuxième à détecter un cas de Covid-19 dans le pays au mois de mars dernier. Vendredi 25 septembre 2020, le service accueil grouille de monde. A quelques pas de là, la maternité, l’une des plus grandes de la banlieue, est assiégée par des patientes, les unes dandinant dans les couloirs, les autres assises ou affalées sur les bancs en béton installés dans les coins et recoins de la structure de santé.

A la devanture du bureau de la sage-femme chargée des consultations prénatales et de la planification familiale, des femmes, toutes portant des masques, font la queue. Une scène inimaginable au tout début de la pandémie entre mars et juin. Assise vêtue d’une blouse rose, visage renfrogné, cette sage-femme a repris sa routine. «Elles avaient vraiment déserté ; mais elles reviennent petit à petit », confie Mme Diouf. Elles avaient peur à cause du cas de Covid-19 détecté dans le centre hospitalier, informe-t-elle.

Quelle est l’ampleur du niveau de désertion par rapport à la contraception ? La sage-femme de dire qu’elle se contentait uniquement de faire des rapports mensuels et de les mettre à la disposition de ses supérieurs. Parti à leur rencontre, ces derniers renseignent qu’ils sont en train de travailler sur les chiffres globaux qui mesurent le niveau de désertion de l’une des plus grande structure de la banlieue dakaroise. «Nous allons nous concerter pour voir s’il est possible de vous parvenir les statistiques », a affirmé Monsieur Goudiaby qui gère ce volet. Même Si Monsieur Goudiaby ne va pas revenir, force est de constater que la pandémie Covid-19 a eu de fortes répercussions sur la santé de la reproduction.

Le rapport Goalkeepers est clair sur le fait que la pandémie a eu des impacts sur les18 indicateurs accompagnant les objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies parmi lesquels la garantie d’accès universel à des services de santé sexuelle et reproductive, notamment en termes de planification familiale. Selon le rapport, avant la COVID-19, cet indicateur avait enregistré des progrès encourageants. «En Afrique de l’Ouest, par exemple, où les progrès ont été lents, le nombre de femmes utilisant des contraceptifs a plus que doublé entre 2011 et 2020 », lit-on dans le document. Mais la crise sanitaire a plus ou moins saper la bonne dynamique enclenchée dans la région ouest-africaine. Le document indique d’ailleurs que la réalité actuelle doit être acceptée avec lucidité même si ces progrès sont aujourd’hui au point mort et qu’il a été assisté majoritairement à  un recul de cette dynamique.

Qu’en-t-il de l’accès à la contraception au Sénégal durant le premier semestre de 2020 ? Les données de routine de la Direction de la Santé de la mère et de l’enfant montrent que globalement dans le pays, l’épidémie n’a pas vraiment impacté le niveau d’accès à la contraception.

Toutefois, Selon Dr Marème Dia Ndiaye, chef de la division planification familiale au niveau de la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (Dsme), cette tendance est à relativiser si on se focalise uniquement sur le premier semestre de 2020 (de janvier à juin).

Par ailleurs, si on fait aussi une analyse région par région, on constate que les régions les plus impactées ont connu une baisse aussi bien du TR que du TPC.

Conséquences des difficultés d’accès à la contraception

La «Population Reference Bureau (PRB)», une organisation privée à but non lucratif spécialisée dans la collecte et la fourniture des statistiques en matière de santé, a révélé récemment que si les services de santé reproductive diminuent juste de  10% à cause de perturbations liées à la COVID-19 – changements de l’accès aux soins ou de leur contenu et de leur qualité — cela pourrait avoir pour effet entre autres que 49 millions de femmes supplémentaires ne bénéficieraient pas d’une contraception moderne et qu’il pourrait y avoir 15 millions de grossesses non voulues.

Joint au téléphone, la présidente de l’association des Sages-femmes du Sénégal, Bigué Ba Mbodj estime qu’il y a eu beaucoup de femmes qui étaient sous contraception ou qui en avaient besoin après un accouchement ou un avortement, mais qui n’ont pas pu avoir accès parce qu’elles avaient peur d’aller dans les structures hospitalières ; ou qu’elles avaient des problèmes de transport », souligne-t-elle. A l’en croire, les restrictions dues à l’état d’urgence et au couvre-feu et les problèmes de transport que cela a engendré a créé à coup sûr des problèmes. «Certainement, il y a eu beaucoup de grossesses non désirées et éventuellement des grossesses à risque », a fait savoir Madame Mbodj.

Recommandions du rapport Goalkeepers

Constatant toutes ces difficultés engendrées par la pandémie sanitaire, le rapport Goalkeepers a préconisé de passer à un modèle d’autonomisation qui donne aux femmes et aux familles les compétences, les outils et la confiance pour planifier les grossesses sans devoir dépendre du système de santé. «Ce modèle peut inclure des interventions spécifiques comme l’auto injection de contraceptifs ou encore des plateformes de télémédecine, mais cela va bien plus loin que cela. Les soins auto administrés sont étroitement liés aux besoins des femmes et peuvent favoriser l’accès à la contraception ainsi qu’à d’autres services de santé essentiels », recommande le rapport. Et d’après le chef de la division planification familiale au niveau de la Direction de la santé de la mer et de l’enfant (Dsme), Dr Marème Dia Ndiaye, un plan de contingence a été développé par le Sénégal qui a permis de maintenir les services de la santé de la reproduction, des mères, des nouveaux nés, des enfants et la nutrition. Et que dans ce contexte de Covid-19, une guide a été développée pour aider les prestataires à gérer les problèmes et à continuer le suivi des personnes par téléphone, via les réseaux sociaux et l’utilisation de plateforme comme WhatsApp.

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