(Reportage): Préparatifs de noël à Dakar: Sandaga et Petersen attendent toujours les clients !

Par Caty DIOUF

Noël, qui marque la naissance de Jésus Christ, occupe une place à part dans la vie des fidèles. Mais cette année, avec la crise sanitaire due au coronavirus, l’événement sera célébré  autrement. A la veille de cette fête, les familles s’occupent des préparatifs : décoration,  soins et beauté pour les femmes, mais également pour acheter des cadeaux et des tenues neufs, surtout pour les enfants. Un tour dans quelques lieux de commerce nous a permis de prendre la température.

Petersen grouille de monde. Dans ce lieu réputé de la capitale sénégalaise, le respect des mesures barrières  passe au second plan. Clients et vendeurs se bousculent, sous un ciel de plomb. En cette veille de noël, tous les moyens sont bons pour se faire plaisir. Haut lieu de commerce, Petersen a changé de décors, le temps des fêtes de fin d’année. Ici, on y vend presque de tout. Avec cette période particulière,  la tendance du marché est marquée par la vente des jouets. Avec des étales ou des étagères remplies de gadgets pour enfants, les clients ont l’embarras du choix. « Avec ce décor, je passe des heures et des heures à me balader dans ces petits, mais confortables couloirs du marché », fulmine Chantal Manga. Elle a quitté la lointaine Keur Massar pour acheter des tenues et des chaussures pour ses enfants.

« Franchement cette année, avec cette pandémie, je n’ai pas beaucoup d’enthousiasme par rapport à la fête. Depuis que j’ai entendu les mesures du Ministère de l’intérieur et celles du gouverneur concernant l’interdiction des regroupements pour la fête, je n’ai plus la tête à ça. Je vais juste faire l’essentiel, c’est-à-dire manger et boire, le tout dans une ambiance familiale sobre. Comme chaque année, la priorité pour moi, c’est d’abord de faire plaisir à mes enfants», dit-elle avant de prendre congé.  D’autres préfèrent venir avec leurs enfants. « J’aime bien la boîte à outils et la voiture que ma mère m’a achetée pour Noël », se réjouit Moustapha, un garçon de cinq ans, accompagné de ses parents. 

DES JOUETS À GOGO, MAIS PAS DE CLIENTS !

A quelques encablures de Petersen, le marché Sandaga est tout aussi inondé de jouets. Voitures électriques, pistolets, pianos, guitares, guirlandes et jeux de lumière. Les filles ne sont pas oubliées avec des collections de poupées Barbie » aussi bien blanches que africaines, ainsi que des accessoires de cuisine. Toute une panoplie d’objets qui peuvent même donner aux adultes l’envie de redevenir enfants. Sur fond de musique distillée par une forte sonorisation, la vente de ces jouets attire beaucoup de monde. Difficile pour certains parents de dépasser ces étales de jouets, sans avoir de problèmes avec leurs enfants. « Les vendeurs savent que les parents ne sont pas dans une logique d’acheter avec le coronavirus. Mais ils ont leurs stratégies pour obliger les parents accompagnés de leurs enfants à acheter sans le vouloir. Ils font des démonstrations avec les jouets et c’est ce qui réveille l’instinct des enfants. Ainsi, nous sommes obligés d’acheter, sinon c’est la bagarre », dit cette visiteuse qui habite Derklé.

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Dans une boutique libanaise, Mouhameth Cissé, la quarantaine bien sonnée, cherche des vélos et des voitures pour enfants. Masque bien vissé au visage, il négocie avec le vendeur. A l’entrée de ce  magasin, on trouve toutes sortes de voitures. Range Rover, des décapotables, des Hummer, Bentley entre autres. Il dispose également de scooters ou encore de vélos.  Les clients ne s’y retrouvent pas souvent.  « Les prix sont élevés. Je pense que je vais voir dans un autre magasin, moins cher. J’ai trois gosses, donc je ne pourrais pas payer ce prix. Cette année, la fête coïncide avec des circonstances sanitaires et économiques. Donc, on va essayer de faire les choses d’une manière simple et symbolique », martèle, M.Cissé.

Au moment où certains clients préfèrent acheter les cadeaux de leurs enfants dans des boutiques de marque, d’autres se contentent du bazar. « J’habite Guédiawaye et j’ai choisi le bazar pour acheter des cadeaux pour mes enfants. Ce n’est pas cher et puis il y a l’ambiance. Et tout le monde sait qu’avec la pandémie, les moyens sont limités pour certains chefs de familles », ajoute cet homme rencontré.

LA CHERTÉ DES PRIX, L’AUTRE OBSTACLE POUR LES PARENTS !

Non loin de là, à la rue « Thionk », les vendeurs se tournent les pouces. Ils se plaignent de l’absence des clients en cette veille de fête. Dans cet espace commercial, on trouve des vêtements et des chaussures pour enfants, entre autres. Mais la clientèle se fait désirer. « Depuis ce matin, je n’ai vendu qu’une seule paire de chaussure à trois mille francs. Les clients se font de plus en plus rares avec le covid19. Contrairement aux années précédentes, on écoulait toutes nos marchandises. Noël faisait partie des fêtes qui générait le plus de chiffres d’affaires. Mais cette année, nous ressentons de plein fouet les conséquences du coronavirus. Vivement que cet orage s’estompe », laisse entendre Modou Guèye.

« L’année dernière à pareil moment, les clients venaient nombreux. Mais vous avez dû le constater depuis que vous êtes là. Ceux qui viennent ne font que regarder et repartir les mains vides, parce qu’ils trouvent chers les jouets et les habits. La situation de l’année dernière est vraiment différente de celle-ci à cause de la pandémie. Nous sommes très fatigués, plus rien ne marche pour nous », ajoute t-il.

Malgré le contexte assez compliqué, il faut dire que certaines familles comptent bien profiter de l’événement. « C’est une seule date dans l’année et on compte bien la célébrer, même si c’est en famille.  Nous avons décidé de décorer notre maison avec un sapin de noël et des guirlandes. D’ailleurs, c’est ce que je suis venu chercher ici », confie Agnès Sène, rencontrée aux allées du Centenaire de Dakar. « J’ai déjà amené mes habits et ceux des enfants chez les tailleur. Il reste juste quelques détails comme la coiffure et les soins de beauté. Mais ça peut attendre la veille, avant de me rendre au village ». Malgré la situation sanitaire et économique désastreuse, les Sénégalais comptent bien célébrer la fête de Noël cette année. Mais une chose est certaine ; l’ambiance ne sera pas la même.

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