Keur Massar : les inondations impactent les activités économiques

Par Cheikh Tidiane NDIAYE et Serigne Fallou GOMIS

Si la relance économique a été envisagée au Sénégal, ce n’est pas le cas à Keur Massar. Le futur département fait face à une autre crise économique liée non pas à la covid-19, mais aux inondations. Cette situation a occasionné d’une part la fermeture de plusieurs établissements commerciaux et d’autre part la baisse des chiffres d’affaires de certains. 

Des canaux à ciel ouvert, des ruissellements le long des trottoirs de la route qui mène vers Sedima, c’est l’image qu’affiche des parties de Keur Massar en cette période hivernale. Des tuyaux branchés sur des motopompes déversent l’eau vers les rigoles. Des sites sous les eaux suscitent détresse et désolation chez les populations. Après les fortes pluies du samedi 5 septembre dernier, plusieurs habitants de Keur Massar se sont retrouvés prisonniers dans leurs maisons.

Une situation qui n’est pas sans conséquence pour les activités socioéconomiques. Au détour d’une ruelle où stagne une forte quantité d’eau, le bruit du métal témoigne d’une reprise des travaux dans cet atelier de mécanique. Deux adolescents, apprentis soudeurs, concentrés sur la coupure d’une barre de fer ne se soucient pas de la gadoue qui a fini par gagner l’espace. Babacar Diop, le patron des lieux dit ne pas avoir le choix. L’accès à son atelier est devenu un véritable « casse-tête pour ses clients ». Ces derniers demandent, depuis l’averse, un entretien à domicile de leurs véhicules. « Nous sommes donc obligés de nous déplacer vers eux», explique le chef du garage, le visage crispé.

Les chiffres d’affaire en chute libre chez les travailleurs

Il n’est pas le seul dans cette situation. A quelques pas de son atelier, ses collègues n’ont que faire des inondations. Des dizaines de voitures sont stationnés dans cet espace. Les travailleurs continuent d’exercer leur métier près des eaux.  Ils reconnaissent, toutefois, que leurs chiffres d’affaire ont baissé de façon drastique.

Sur cette même voie, certains établissements ont repris leurs affaires malgré la situation. La chaleur suffocante dans une boulangerie n’a pas mis à l’arrêt les activités. Khadijatou Ba, gérante de la boulangerie, la trentaine révolue, reconnaît que leur production a connu une baisse. Le sourire aux lèvres, elle ne manque de faire part de son désarroi.

Avec la montée des eaux, la livraison dans les secteurs submergés n’est pas chose aisée. La jeune dame, teint clair, estime que la pandémie de covid-19 a également eu un impact sur la production. Les boulangers peuvent, toutefois, s’estimer heureux. Autour de la boulangerie,  des cantines et garages de mécaniciens fermés, c’est l’image illustrative de l’arrêt des activités. Une situation pareille gangrène les menuisiers qui sont pris au piège par les eaux.

Les menuisiers dans l’obligation de fermer leurs ateliers

Devant un atelier sis à l’Unité 2 des Parcelles Assainies de Keur Massar, les deux collègues, Moussa Diop et Aliou Toure, font le bilan des dégâts. Tous les deux, menuisiers et ébénistes, ils disent ne pas connaitre les mêmes impacts. Force est de croire que leur travail a été retardé par les inondations.

 « J’ai dû fermer mon atelier depuis 3 semaines. On ne peut pas travailler dans l’eau. Il y a même des meubles que j’avais confectionné qui ont été détruits par l’eau, et dans cette situation il faut que les clients fassent preuve de compréhension car ce n’est pas de notre faute.  Il y a des matériels que j’ai perdus et d’autres comme la machine qui coupe le bois que je ne peux pas encore vérifier, il me faut attendre au moins un moment pour la rallumer » révèle Moussa Diop, d’un air affligé. 

Le sieur Toure, pour sa part, parle d’une situation désastreuse.  « Je suis resté  onze jours sans travailler », a-t-il fait savoir.  Il dit ne pas être propriétaire des lieux où il stock ses bagages. « On m’a prêté cet endroit pour que je ne chôme pas. J’ai mes camarades qui ont perdu des millions en matériel, ils ont des machines qui pataugent dans les eaux. On a appelé le préfet qui nous a promis de nous rappeler à la fin de la visite du président et jusque-là on n’a pas eu de ses nouvelles malgré nos nombreuses tentatives de le contacter. Nous demandons juste qu’ils (les autorités) nous aident à faire sortir les machines des ateliers. Le maire vient tous les jours mais rien », martèle l’homme à la quarantaine révolue. 

Quand les inondations créent des emplois

Un contraste se fait sentir aux alentours de ces espaces de travail abandonnés. Une nouvelle activité florissante autour du « déluge » a vu le jour. C’est dire que le malheur des uns peut souvent faire le bonheur des autres. Les eaux de ruissellement ont submergé un pâté de maisons au fond de ces quartiers. Les habitants doivent patauger pour regagner leur domicile.

Les pluies sont un phénomène naturel, force est de reconnaitre qu’elles peuvent avoir des conséquences énormes sur le vécu des Hommes. Comme disait l’autre : « La nature impose toujours aux êtres cet impérieux dilemme : s’adapter ou disparaitre. » La première option est celle qui a été retenue par ces populations.  Une solution transformée vite en activité économique aide les populations à ne pas être en contact avec les eaux. De petites planches attachées sur des bidons servent de barques artisanales pour transporter les riverains. Une vraie marque d’ingéniosité.

 Nous assistons à un marchandage entre une dame et un conducteur. Ils se sont mis d’accord sur le prix de 1000 francs CFA pour, approximativement, 500 mètres. Les tarifs varient selon les destinations, entre 300 francs CFA et 1000 francs CFA. Le client se met sur la barque et la personne se met derrière pour pousser. C’est le mode opératoire.  

Un des jeunes qui s’active dans ce nouveau métier, sous le sceau de l’anonymat, nous en dit plus. Il fait s’avoir qu’ils ont pu créer une relation avec leurs clients. « Lorsque quelqu’un veut se déplacer, il vient vers nous et nous lui proposons un tarifs selon sa destination.  Nous demandons aux clients de prendre nos numéros pour leurs déplacements », révèle ce jeune homme de la vingtaine. Cet espace qui était jadis une terre ferme est devenu une sorte de quai pour ces différentes embarcations vers les maisons des « nouveaux insulaires ».       

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